Actualité

La RDC : après la crise… l’oubli

Posté dans la catégorie Actualité le 12 octobre 2006

« Une catastrophe ayant eu lieu sur le continent africain a besoin de 48 fois plus de victimes pour être autant couverte par la télévision (…) qu’une catastrophe ayant eu lieu en Amérique ou en Europe » (Esther Duflo, économiste)

Vous souvenez-vous des 300 000 morts du Darfour ?
Vous souvenez-vous de ce que vivent les civils en Tchétchénie ?
Vous souvenez-vous du conflit qui sévit au Sri Lanka ?
Apparemment le traitement de l’information humanitaire n’est pas égal et certaines populations tombent dans l’indifférence générale.

Mais par qui et pourquoi sont-elles oubliées ?
A cette question, inévitablement, les médias dont on connaît l’extraordinaire capacité de mobilisation mais aussi d’omission, sont montrés du doigt.
Mais ce phénomène d’oubli est-il vraiment de leur seule responsabilité ?
N’y a-t-il pas plutôt une responsabilité partagée entre médias et humanitaires ?
Qu’en est-il aujourd’hui de la relation entre médias et humanitaire ?
Médecins du Monde souhaite interpeller acteurs des médias et de l’humanitaire, tout autant que l’opinion publique, sur cette réalité.
C’est pourquoi nous sommes présents au Festival Visa pour l’Image-Perpignan, du 2 au 17 septembre, pour dresser un portrait photographique de l’oubli et mobiliser le plus grand nombre sur ce sujet.
C’est aussi pour cela que nous vous proposons ce blog dédié à cette question. Une question essentielle. Un manifeste contre l’oubli. Alors venez « bloguer » à nos côtés, apportez vos propres témoignages, posez vos questions, et découvrez le regard de professionnels des médias et de l’humanitaire sur ce sujet.
Contribuez avec nous à défendre ceux que le monde oublie peu à peu….

Patrick Hirtz : “Nous avons besoin les uns des autres pour raconter le monde…”

Posté dans la catégorie Actualité, Avis des humanitaires le 15 août 2006

 

Patrick HirtzLes humanitaires ont toujours été fascinés par les médias, ayant rapidement compris que, sans eux, il n’y avait pas d’action humanitaire qui vaille. Les premiers ont donc besoin des seconds, pour le meilleur et pour le pire.
Le meilleur, au-delà de leur présence sur le terrain, ce sont les témoignages que ces humanitaires rapportent et les alertes qu’ils formulent pour déclencher une prise de conscience du public et la réaction des responsables politiques. Le pire, c’est lorsqu’ils se placent dans une logique marchande, qu’ils ont besoin de se montrer, de se raconter pour récolter des fonds et qu’ils donnent dans la surenchère sur certains lieux de crise.
Si les humanitaires ont besoin des médias, l’inverse se vérifie aussi aujourd’hui, tant il est vrai que les moyens de ces derniers, en particulier dans la presse écrite, s’amenuisent de façon inquiétante depuis quelque temps. Les humanitaires, par une présence qui s’inscrit dans la durée sur les terrains où couvent les crises, sont en effet une source d’informations précieuse. Ils ont par ailleurs appris avec le temps, et parce qu’ils étaient souvent les seuls témoins, à faire le travail de mise en forme, de classement, de décryptage et d’analyse des informations recueillies, devoir assumé jusqu’alors par les journalistes.
Médias et humanitaires ont donc besoin les uns des autres pour mener à bien l’une de leurs missions qui est d’informer leurs semblables des réalités du monde, en particulier lorsque celles-ci sont mises de côté par des instances politiques dont le seul souci est de préserver leurs intérêts.  
Plus que jamais, il convient aujourd’hui que médias et humanitaires réaffirment  leur rôle de contre-pouvoir mobilisateur d’opinion publique. Cela suppose bien entendu un minimum d’engagement militant et de courage de la part des rédactions.
Il ne doit pas s’agir pour les humanitaires, bien que la tentation existe, de se substituer aux journalistes mais de redéfinir avec eux un contrat de confiance, d’apprendre à travailler ensemble différemment afin de mettre en œuvre une nouvelle manière d’informer et de nouveaux outils pour y parvenir.
Le 18e Festival Visa pour l’Image-Perpignan nous semble être l’occasion d’en débattre et d’échanger.

Patrick Hirtz, responsable des programmes Afrique à Médecins du monde