Actualité : reconstruire la république démocratique du Congo
Saviez-vous que la République Démocratique du Congo (RDC) compte en 2006 près de 20 millions de sous-alimentés et 4 millions de morts liés à la propagation de maladies courantes comme le choléra? La guerre civile a beau être officiellement terminée depuis 2003, la République Démocratique du Congo subit pourtant la plus grande crise humanitaire depuis la seconde guerre mondiale. Mais force est de constater le silence des médias et la méconnaissance de l’opinion publique sur cette situation.
Un oubli médiatique et public contre lequel les humanitaires, restés sur place, tentent de lutter. Car aujourd’hui, tout est à reconstruire et la mobilisation des acteurs politiques, institutionnels ainsi que de la société civile est plus que jamais nécessaire.
« L’urgence » du post-conflitDepuis 1992, la République Démocratique du Congo subit les conséquences de deux guerres En 1960, l’indépendance est accordée au pays dans la précipitation. Après cinq ans de guerre civile, Mobutu, alors colonel, s’empare du pouvoir lors d’un coup d’Etat (1965) et met en place un régime présidentiel autoritaire soutenu, par intérêts stratégiques ou économiques, par plusieurs pays occidentaux. Les années 1970 et 1980 sont celles du Zaïre dirigé sans partage par Mobutu et son parti unique, le MPR (Mouvement Populaire de la Révolution). En 1990, Mobutu annonce le multipartisme et accepte la convocation d’une Conférence nationale (1991) chargée d’adapter la Constitution. Jouant habilement de multiples événements (émeutes, mutineries, crises politiques), Mobutu empêche toutefois le processus de réformes d’aboutir. Ce n’est qu’en 1996 qu’un projet de Constitution est adopté par le Haut conseil de la République. Mobutu meurt en 1997. Un dialogue est initié en 2000 chargé d’assuré la transition vers la démocratie et menant aujourd’hui à des élections libres.
Mais, pillages, insécurité, effondrement des structures publiques sont aujourd’hui le quotidien des Congolais et l’accès aux soins, quasi inexistant du fait de la situation chaotique du pays, est aujourd’hui une des problématiques les plus graves à laquelle est confronté le pays.
La reconstruction du système de santé est définitivement un enjeu considérable pour un pays en pleine transition politique.
Issu des premières élections libres depuis 30 ans, le nouveau gouvernement congolais sera élu en octobre. Il aura alors la lourde charge de sortir le pays d’une des plus longues et des plus destructrices crises que le continent africain ait connues !
Médecins du Monde acteurs et témoins en RDC
Dès 1994, Médecins du Monde est présente en RDC avec des missions de proximité auprès de la population congolaise : à Goma, dans l’est de la RDC, avec des actions de lutte contre le VIH, à Kinshasa pour l’accompagnement des enfants des rues, à Kalémie et Kongolo (au nord) pour lutter contre les épidémies et aider au développement des services médicaux ainsi qu’à Barhorucco pour la promotion de l’accès aux soins. Très impliqué en RDC en tant qu’acteur de terrain agissant dans l’urgence, MdM a aujourd’hui à cœur de favoriser la reconstruction du système de santé en RDC, levier de développement incontournable. Pour MdM, le secteur de santé doit être une des priorités de la reconstruction du pays. C’est dans cette optique que l’association assure la conduite d’un consortium d’ONG médicales (GOAL pour l’Irlande et COPI pour l’Italie) financé pendant trois ans par l’Union Européenne et prenant en charge 9 zones de santé dans le district du Tanganyka.
Aujourd’hui MdM dans la cadre de son rôle de plaidoyer/témoin tient à faire le point sur la situation de la RDC. Désireuse d’impliquer l’ensemble des acteurs locaux et internationaux et ainsi que toutes les personnes concernées par cette reconstruction, l’association a invité bailleurs, opérateurs et acteurs politiques, à se réunir autour de cette question. La rencontre a permis d’identifier les enjeux réels que couvre la reconstruction du système de santé et les moyens qui doivent être fournis.
Au délà de cette question, Médecins du Monde souhaite en poser une autre relative au traitement par les médias de ce type de situation et de l’intérêt qu’il y a pourtant à sensibiliser l’opinion publique (c’est-à-dire vous) sur des situations comme celle que connaît aujourd’hui la RDC. Pensez-vous que la RDC fasse partie de ce qu’on l’on appelle les crises/populations oubliées ? Pensez-vous que les médias peuvent avoir ici un rôle à jouer pour lutter contre une certaine forme d’oubli ? Votre avis comme votre mobilisation nous intéresse….

5 août 2006 à 18:41
votre humanitaire est aussi partiale : en ce qui concerne les crises au proche orient vous regardez et venez en aide aux victimes libanaises du hezbollah, mais ne ne voyez ni ne venez en aide aux victimes israeliennes du hezbollah, pourquoi tant de différence dans le traitement des victimes : des enfants et de vieillards souffrent des 2 cotés par la faute du terrorisme islamique et cest Israel qui est pointée du doigt : aucune ONG n’irait aider au déplacement des 350000 civils du nord du pays, ce sont les associations juives qui leur envoie de quoi s’alimenter, s’habiller, bref tenir pendant les bombardements qu’ils subissent au rytme des missiles qui leur sont envoyés!!!
10 août 2006 à 12:16
Nous avons pris en compte le commentaire précédent et respectons ce point de vue. Nous sommes conscient de la situation complexe des la population civile au nord d’Israël. Cependant, Médecins du Monde est une ONG à vocation médicale. Nous intervenons là ou le besoin se fait le plus sentir. Or, Israël gère la situation médicale de son coté. Le Liban, avec 1 000 000 de déplacés, soit le quart de sa population, ne peut gérer seul la désorganisation et la catastrophe sanitaire qui en découle. C’est pourquoi nous agissons coté libanais et non coté israélien.
10 août 2006 à 13:06
C’est bien vrai!
13 août 2006 à 20:18
Je suis journaliste et je ne m’interroge depuis longtemps sur les rapports entre medias et ONG
L’exemple du Sri Lanka est a cet égard significatif. Pourquoi lors du tsunami de 2004, l’aide humanitaire a t -elle suscité t -elle tant d’intérêt de la part des medias du monde entier ? Et pourquoi ne provoque t-elle qu’indifférence et oubli dès lors qu’il s’agit d’évoquer le conflit armé qui déchire le pays : plus d’un millier de victimes depuis avril 2006, soit autant qu’au Liban a ce jour , et quelques 20 000 personnes sans abris. Mais aucune image dans les medias français pour témoigner de ces ravages et pas de journaliste français sur place.
Depuis vingt cinq ans que j’exerce ce métier, je ne suis pas malheureusement pas surprise par ce silence.
Un tsunami affectant des vacanciers occidentaux en pleine période de Noël, la couverture presse était assurée… Mais une guerre de plus entre « locaux »qu’est ce que ça change ?
Je veux humblement apporter mon témoignage dans ce blog initié par MDM pour le festival Visa pour l’Image de Perpignan. Je viens de rentrer du Sri Lanka ou j’ai passé plus d’ un an avec ces «locaux». Pas pour exercer mon métier de journaliste mais pour tenter de les aider. Mais comme je n’ai pas le profil recherché par les ONG,-je ne suis ni médecin, ni logisticien, ni gestionnaire- je me suis débrouillé avec les moyens du bord. J’ai collecté des fonds et j’ai fais ce que j’ai pu pour aidé à redémarrer des emplois et venir en aide aux familles les plus démunis.
Et si j’ai pu le faire c’est parce que sur le terrain, les travailleurs de l’humanitaire manquent d’information, omettent de la relayer, ou n’en mesurent pas les enjeux. « Le nez dans le guidon », confrontées a de multiples difficultés, ces hommes et ces femmes, chacun dans leur boutique, s’appliquent a faire de leur mieux. Mais parce qu’ils laissent de coté toutes ces informations, qui sur place ont tant d’importance, l’efficacité de leur travail en est considérablement amoindrie. Ainsi durant plus d’un an, j’ai exercé cette fonction d’alerte. Les uns et les autre m’ont fait confiance et les résultats sont très encourageants.
A 50 ans, j’ai décidé de continuer. Au Sri Lanka ou ailleurs.
Journaliste humanitaire ou travailleur humanitaire journaliste ? Le métier reste à inventer. L’initiative de ce blog prouve bien que les relations entre medias et humanitaire doivent nécessairement s’intensifier. Pour plus de pertinence et moins d’indifférence. La bas et ici .
Christel Banderier
Journaliste
14 août 2006 à 1:31
Je suis tout à fait d’accord avec l’analyse fournie par MDM sur la disparité flagrante de traitement de l’information entre d’un côté des pays africains (par exemple) et de l’autre des pays plus proches des problématiques occidentales… Et justement, il est un conflit que l’Occident surmédiatise (et le mot n’est pas trop fort) puisqu’il s’agit du conflit israelo-palestinien… Car si l’on regarde au nombre de victimes (pas plus de quelques centaines par an en moyenne), mais aussi à la surface territorilale concernée (à peu près l’équivalent de 2 départements français) , on pourrait s’étonner tout de même un minimum d’une telle mono-manie médiatique… Ne soyons pas naïfs, et osons nous avouer qu’une telle discrimination d’intérêt ne peut être que l’objet d’une intention délibérée, intention aux objectifs et motifs variés mais finalement assez logique si on la replace dans un contexte mondial donné : pillage du Tiers Monde par les multinationales et les banques occidentales grace à l’arme de la faim et à celle de la dette (comme l’a remarquablement analysé Jean Ziegler)… C’est pourquoi cette surmédiatisation du conflit israelo-palestinien répond à un besoin évident de diversion (faire oublier les autres problématiques, toutes plus ou moins liés à la domination occidentale ) mais aussi focaliser les opinions sur une opposition symbolique entre Orient et Occident (les Israelien sont en majorité, par leurs origines, des Européens expatriés…) afin de préparer à un conflit de plus grande ampleur… Cependant, et même si le soutien occidental à Israêl reste finalement lié à cette origine principalement européenne, il est peut-être une troisième raison (plus perverse et plus diaboliques que les précédentes) qui peut expliquer cette obsession névrotique et navrante des médias et des politiques : faire d’Israêl la cause des malheurs du monde en surexposant ce pays à l’attention de tous… Car qui dit surmédiatisation, dit lobbying sioniste… Et donc, si une grande crise mondiale survient (crise qui serait alors impossible de masquer), les élites politiques et financières occidentales pourraient ainsi aisément retourner l’opinion contre le fantôme de l’internationale juive… En ce sens, Israêl creuse son tombeau en laissant les médias être les contempteurs permanents de son actualité… Enfin, comment ne pas voir que cette
survalorisation d’Israël est aussi un excélent alibi pour l’Occident afin de pratiquer en toute bonne foie un racisme d’un nouveau genre : une indifférence active vis à vis des populations non-européennes, surtout quand ces populations sont noires et démunies…
25 août 2006 à 18:08
L’image a une violence que n’atteint qu’exceptionnellement l’écrit. La photographie n’est pas un langage. Elle ne peut ni expliquer, ni justifier, elle ne nous dit pas où sont les bons et où sont les méchants. Elle s’adresse directement à l’affectif. Elle ne peut que susciter l’émotion brute. Et c’est sans doute cette limitation qui fait sa force, là où le verbe permet de garder suffisamment l’horreur à distance pour arriver à tolérer, accepter les pires situations, l’image parce qu’elle suscite une émotion brute, peut-être à l’origine de la prise de conscience humanitaire.
L’image d’un évènement devient alors l’image de quelqu’un que l’on ne peut plus oublier.
Et c’est d’ailleurs pour cela que pour le bourreau, l’absence d’images sur un conflit est le moyen le plus simple pour massacrer en toute quiétude. La Tchétchénie et le Darfour en sont de remarquables exemples. Loin des yeux, loin du coeur.
Lorsque le black-out ou l’élimination physique des photos reporters sont impossibles politiquement, l’autre solution c’est le contrôle des images pour maintenir l’émotion et donc les humanitaires, à distance. Les célèbres “embedded” journalistes au sein de l’armée américaine en sont le meilleur exemple. On emmène les journalistes sur les lieux où l’on souhaite que les photos soient réalisées. La méthode est moins efficace que la censure totale car parfois les photographes font preuve de mauvais esprit, mais si par accident ils réalisent des images qui déplaisent, on peut toujours leur enlever leur accréditation. Et c’est ainsi que l’on a découvert des guerres sans morts et des bombardements sans victimes. Les chiffres des victimes peuvent croître tous les jours, ce ne sont que des chiffres, une abstraction là où la vue d’un seul enfant peut susciter la mobilisation dans une cause humanitaire (et/ou politique) pour faire cesser l’insupportable.
Au besoin pour stimuler leur créativité, on met en scène les images à leur attention. J’ai particulièrement apprécié la célèbre destruction de la statue de Saddam Hussein à Bagdahd que l’on pourrait comparer aux panneaux indiquant au passant à Disneyland Paris le lieu d’où il faut faire une photo exceptionnelle du parc d’amusement. L’intérêt est double: on utilise les journalistes pour faire passer son message, et c’est autant d’espace occupé dans les medias qui ne risque pas d’être pollué par un discours contraire à ses intérêts.
L’image dérange le bourreau en transformant un ennemi supposé abject et odieux en un individu qui suscite notre compassion. La victime cesse d’être une abstraction pour devenir un être humain auquel nous pouvons nous identifier et que nous ne pouvons plus oublier.
Mais il n’y a pas que le bourreau qui est en cause. Notre compassion est sélective. Si les images vont à l’encontre de nos opinions politiques, il y aura toujours trop d’images de l’autre camp et pas assez de celui auquel nous nous identifions. Si la pauvreté ou la souffrance est trop proche, notre mauvaise conscience trop grande, l’image peut devenir dérangeante un peu comme les tentes de médecins du monde destinées à abriter des SDF parisiens. Nous ne voulons alors pas les regarder. Enfin, parfois l’image n’arrive pas à briser l’indifférence suscitée par une population perçue comme trop lointaine comme les victimes africaines du sida, ou comme trop proche comme les SDF parisiens. Mais alors peut-être aussi que c’est le photographe qui est en cause… Certaines photographies réduisent les personnes photographiées à des archétypes. Le sujet devient un prétexte pour des “clichés” qui n’ont rien à voir avec les individus photographiés. C’est au photographe de trouver les images qui nous obligeront à les regarder.
29 août 2006 à 18:27
Je suis parfaitement d’accord avec Cohen. Nous avons tendance a negliger les vrais victimes au detriment des causes “over-publicized”. .. Il est temps que le monde fasse une “halte-face”( sans tricher).. reconsiderer nos priorites, non seulement a partir de nos croyances , notre nationalite et nos alliances avec tel ou tel groupe, mais surtout a partir de notre conscience humaine; une concience qui doit etre collective et qui s’applique sans arriere pensee ou restriction a tous les membres de la societe…. Nous nous complaignons de -ci , de -ca….mais quand allons nous vraiment faire face aux vrais problemes et oublier les interets ou politiques de “self-interest” que nous finissons pas de pratiquer ?…. et vraiment (sans en donner l’air;-)… Et finalement pour de bon, etre utile a nos freres : Les hommes du monde entier…..
Marina
29 août 2006 à 22:31
j’ai suivi Visa depuis 18 ans. c’est une fois par an, comme Noel, Paques, ou le 14 juillet plutot car c’est un feu d’artifice de photos sur la vie et la mort du monde.
j’aimerai trouver sur la toile tout au long de l’année, semaine apres semaine, les images que l’on ne voit qu’une fois par an pour avoir le temps de les digerer, de se poser des questions, d’y repondre, pour rester ensemble, et ne pas perdre tant de temps finalement.